• La femme martiniquaise de l'Arawak à la Créole actuelle : Histoire d'un « poto mitan »

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De nombreux combats restent à mener

Aujourd'hui encore en 2015, la situation de la femme martiniquaise n'est pas égale à celle à celle de l'homme. Si en 70 ans, de nombreuses avancées ont aidé à l'émancipation des femmes, il n'en reste pas moins que la situation de la femme reste encore à de nombreux niveaux inférieure à celle de l'homme.

Quelques chiffres sur les femmes dans la population martiniquaise et la population active

Pyramide des âges en MartiniqueEn 2019, la Martinique comptait 166 515 hommes, contre 196 969 femmes. Elles représenteraient ainsi 54,2% de la population martiniquaise (chiffres de 2019, Insee) ceci est du en grande partie à l'augmentation de l'espérance de vie et au fait que les femmes vivent plus longtemps que les hommes.

La répartition hommes-femmes est relativement équitable au sein des classes d’âges allant de 0 à 24 ans, mais à partir de 25 ans, la proportion de femmes s’avère nettement supérieure à celle des hommes, en particulier entre 30 et 54 ans, et à partir de 75 ans. Elles sont également majoritaires dans la population active (53% sont des femmes contre 47% d'hommes chiffres 2019 de l'Insee).

Le taux de fécondité des femmes a chuté passant de 5,47 enfants par femme après la Seconde Guerre Mondiale (1952, début de l'étude de la population des départements français avec la prise de statistiques stockés dans des ordinateurs) à 1,94 (chiffres Insee 2019) enfant de nos jours. La moyenne martiniquaise est donc quasiment similaire à la moyenne nationale (1,88 enfant par femme en 2019). La baisse du nombre d'enfants par femme peut s'expliquer par la contraception plus efficace qu'il y a 70 ans, le travail des femmes et le fait que les femmes font de plus en plus d'études supérieures, reculant ainsi l'âge de la première grossesse (29,2 ans en 2006 (chiffres Insee) contre 26,7 ans en 1946).

Si dans la période d'après Guerre, la/les grossesse(s) marquaient l'arrêt de l'activité professionnelle des femmes, aujourd'hui il n'y pas de réels impacts sur ce critère. La politique familiale mise en place au niveau national (lois interdisant le licenciement d'une femme enceinte en 1980, congé de maternité en 1970, prestations sociales familiales, « politique du 3ème enfant » : forte augmentation des prestations sociales après le troisième enfant) a favorisé l'emploi des femmes qui ont continué à avoir un emploi après leur(s) grossesse(s).

L'espérance de vie de la femme est supérieure à celle de l'homme 84,7 ans (85,6 moyenne nationale) contre 78,6 ans (79,7 moyenne nationale). A noter que la population martiniquaise est vieillissante car de nombreux retraités originaires de la Martinique reviennent de métropole ou des retraités métropolitains (héliotropisme) tandis qu'une part importante de jeunes quittent l'île pour la métropole (BUMIDOM 1963 à 1981 puis années 2000 à aujourd'hui) ou d'autres destinations (Canada, États-Unis, Europe hors France) face au manque d'emploi du aux spécificités économiques de l'île et/ou à l'absence de certaines filières étudiantes localement. Ainsi, si 36% des Martiniquaises avaient moins de 15 ans en 1974, elles ne sont plus que 19% du total en 2007 (chiffres Insee) quand le nombre de femmes de plus de 65 ans sur la même période a triplé !

Cette expatriation des jeunes n'est pas temporaire car peu reviennent en Martinique une fois leur diplôme obtenu. Ce phénomène fait que la population martiniquaise régresse d'années en années perdant près de 4000 habitants chaque année depuis 2010 (chiffres du recensement).

Une inégalité dans les études supérieures et les salaires

Études universitaires femmes MartiniqueBien que plus présentes sur les bancs des universités et diplômée d'études supérieures, les femmes restent cantonnées à des postes peu prestigieux au regard de leur niveau scolaire. Ainsi 66% des femmes martiniquaises de 25 à 34 ans (chiffres de l'Insee de 2012) sont titulaires du baccalauréat ou d'un diplôme d'études supérieures (ndlr 1 femme sur 10 en 1974) contre 55% des hommes qui optent le plus fréquemment pour des filières professionnelles, des chiffres similaires à la moyenne nationale.

Après le Baccalauréat, les femmes optent généralement pour des études plus générales (sciences humaines, littérature, langues étrangères, économie, droit) que pour des filières techniques (hormis l'hôtellerie, restauration, tourisme, communication, petite enfance, infirmerie) ou scientifiques (mathématiques, sciences biologiques et physiques). Les filières rappelant les « métiers des hommes » (automobile, mécanique, froid et climatisation, etc...) sont peu prisées.

Malgré cet écart entre part de diplômées et diplômés, les plus hauts revenus de la famille restent ceux des hommes. Ils occupent les postes les plus élevés au sein des entreprises (managers, directeurs d'entreprise, cadres supérieurs, chefs d'entreprise). Pour un même emploi, les femmes martiniquaises perçoivent 2 400 euros de salaire annuels en moins que les hommes. Chez les cadres, la différence est de 9 000 euros annuels par rapport à leurs collègues masculins. Pire, elles représentent 56% de la population au chômage contre 44 % chez les hommes (chiffres du chômage Janvier 2015).

Une sous-représentation économique et politique

Avec un secteur tertiaire dominant l'économie locale (74% de l'emploi des femmes), les femmes restent encore cantonnées aux postes les moins élevés dans la hiérarchie (employées administratives, caissières, vendeuses) ou des postes rappelant leur rôle de mère ou de femme (restauration, hôtellerie, éducation, personnel médical (infirmerie, aides soignantes, sages-femmes)). Moins d'un tiers des entreprises de la Martinique sont dirigées par des femmes (30% moyenne nationale mais faible comparé aux autres puissances économiques mondiales) et elles doivent encore faire face à de nombreux clichés. L'homme est fait pour diriger, pour être chef alors que la femme est faite pour aider, assister et apporter son affection.

Aurélie Nella, Maire de DucosDans la sphère politique, l'écart est encore plus grand. Josette Manin était Présidente du Conseil Général (voir ci-dessous) avant la mise en place de la Collectivité unique mais depuis aucune femme n'occupe un poste aussi prestigieux localement. Sur 34 communes que compte la Martinique, seules trois communes sont dirigées par une femme, Jenny Dulys à Morne-Rouge (voir ci-dessous) et Marie-Thérèse Casimirius à Basse-Pointe et Aurélie Nella à Ducos (photo ci-contre),  les femmes occupent des postes de conseillères municipales et sont même majoritaires (51% des conseillers régionaux), la loi obligeant une parité sur tous les scrutins de listes.

Concernant les mandats nationaux, les choses ont bien changés récemment ! Deux femmes martiniquaises sont désormais députées, Josette Manin (voir ci-dessous), ancienne Présidente du Conseil Général de Martinique et Manuéla Kéclard-Mondésir. Catherine Conconne est pour sa part la première femme Sénatrice de la Martinique ! Les récentes années ont marqué un vrai progrès pour les femmes dans la politique, une tendance qui ne s'observe pas au niveau national. En effet, les moyennes nationales ne sont pas transcendantes quand on regarde les autres puissances économiques mondiales.