La créole : une femme distinguée toujours dans l'ombre de son mari
Une femme élégante et soignée
La femme noire créole se voulait être quelqu'un de distingué et raffiné de par son habillement notamment où la femme créole se pare d'un costume et de bijoux voyants. Elle portait le plus souvent une robe collante d'une coupe spéciale, et un fichu jeté sur les épaules et croisé sur la poitrine font valoir la taille flexible et les rondeurs du corps. Mais c'est surtout dans la coiffure que les femmes créoles mettaient le plus de coquetterie.
Les fillettes également avaient une tenue particulière, un foulard de soie tendu sur le front et relevé derrière la tête mais à 18 ans, elle « prend tête », c'est à dire qu'elle échange ce foulard contre le madras, un large mouchoir en coton, à grands carreaux, auquel les ouvrières spéciales ajoutent avec le pinceau, des lignes et bandes de couleur jaune. Le madras était ensuite arrangé sur la tête selon la physionomie.
Ce sont les pointes qui affectent les formes les plus variées : tantôt elles sont dressées en crête fière et provocante, tantôt écartés comme les ailes d'oiseau prêtes à vous envelopper, tantôt tournées vers la terre comme de modestes violettes. C'est tout un art de bien ajuster le madras.
La coiffe avec le madras existait depuis l'esclavage. Les femmes libres de couleur qui n'avaient pas le droit de porter de chapeaux prenaient un foulard qu'elle nouait de telle sorte d'avoir une coiffe. Seules les femmes blanches avaient le droit de porter un chapeau, symbole de coquetterie et de bienséance à l'époque. Cette coiffe avait une signification sur le statut de la femme qui le portait. Au départ, elle désignait le niveau de richesses et les circonstances de la vie. Plus tard, elle est devenue un message aux hommes.
En effet, le nombre de nœuds et la façon de le nouer désignaient la disponibilité amoureuse de la femme qui le portait :
- une pointe signifie « cœur à prendre »,
- deux pointes, « déjà prise, mais la chance peut sourire aux audacieux »,
- trois pointes, « femme mariée, cœur définitivement lié par le mariage »,
- quatre pointes « cœur susceptible d'accueillir encore des amants »,
- la coiffe moderne, en éventail,
- la coiffe de cérémonie.
Les tenues portées par les femmes créoles remontaient au 17ème siècle. A l'époque, il était interdit pour les femmes esclaves et libres de couleur de porter les mêmes tenues que les femmes blanches. Cependant, ces femmes voulant montrer leur beauté et leur goût de la coquetterie prirent soin de créer des habits qui les monteraient sous leur meilleur jour. C'est ainsi que sont nées les tenues traditionnelles de la Martinique.
Riche en couleurs, chaque robe avait une signification propre. Ainsi, la Grand'Robe, conçue dans un tissu coloré ou brillant, était portée sur un jupon et assortie d'une cape de la même teinte. La Douillette est était une robe de tous les jours, serrée à la taille en cotonnade fleurie, portée également sur un jupon.
La Titane est portée par les courtisanes de Martinique, elle se compose d'une chemise blanche en dentelles, largement échancrée et laissant découvrir les épaules. Son nom, utilisé depuis 1900, venait du nom du bal donné le dimanche entre 16 et 18 heures que fréquentaient ces jeunes femmes.
La Cotonnade en madras calandée, pouvait être en velours ou en satin pour les jours de fêtes.
La Ti'Collet en tissu uni ou vichy est portée par les jeunes filles, souvent agrémentée d'une ombrelle. Les femmes martiniquaises de l'époque étaient très attentives à leur tenue, leur paraître extérieur qu'elles soient mariées ou non.
C'est tout un art d'avoir une prestance, d'être coquette. Leur tenue rompait avec celles qu'elles portaient en étant domestiques dans les maisons des maîtres et leur figuraient un statut de femme libre et rompant complètement avec l'esclavage. Elles prenaient grand soin de coudre elles-mêmes leurs tenues ou les faisaient faire par des couturières. Ces robes étaient portées lors des jours de fête, pour se rendre à la messe, au bal ou tout simplement quotidiennement.
L'ombre de son époux
La femme du début du siècle est une femme entièrement dévouée à son mari et ses enfants. Une fois mariée, elle doit entretenir la maison, effectuer toutes les tâches domestiques, être celle qui veille au bien-être de son mari et à son épanouissement.
Une fois les enfants arrivés dans la famille, elle leur procure tous les soins nécessaires (allaitement, soins hygiéniques) jusqu'à ce qu'ils soient sevrés et en mesure d'intégrer l'école. L'arrivée des enfants coïncidait avec l'augmentation de tâches domestiques pour la mère. Car en plus de son mari, elles devaient s'occuper de leurs enfants, les aider dans leur éducation scolaire, les accompagner à l'école.
De plus, à cette époque, les familles étaient nombreuses (5 à 6 enfants par femme). La contraception était quasi-inexistante.
Lors des repas, les plus gros morceaux de viande étaient réservés au père qui était servi en premier, il était important que celui qui ramène l'argent à la famille soit en bonne santé. Ensuite la mère servait les garçons de la famille puis ses filles et elle. Lors de la naissance des garçons dans une famille, une fête était organisée alors que la naissance d'une fille était source de déception.
A noter que les familles martiniquaises étant très pieuses, les femmes assuraient l'éducation religieuse de leurs enfants et confectionnaient pour eux des tenues à base de madras pour se rendre à la messe chaque dimanche. Elles assuraient aussi le service d'éducation religieuse, le catéchisme qui avait lieu tous les jeudis (journée sans école). Les femmes martiniquaises vivaient dans l'ombre totale de leur mari où elle étaient appelées par exemple « Man Gaston » (Man en créole signifie madame) pour les rattacher constamment à l'homme qui les « possédaient ». Le terme « possédaient » n'était pas exagéré bien qu'il s'agissait des mœurs de l'époque.
Les hommes avaient un total contrôle sur les faits et gestes de leur femme. Toute décision concernant l'épouse devait être prise et signée par son mari. Elle était donc extrêmement dépendante de son mari qui s'il ne gagnait pas bien sa vie nécessitait que son épouse travaille afin d'apporter un revenu supplémentaire pour le fonctionnement du ménage.
C'est ainsi que l'on retrouve la femme qui accompagne son mari dans les travaux des champs comme amarreuse (cf voir ci-dessus) ou sur les ports dans les travaux d'embarquement et de débarquement de marchandises comme dockers ou charbonnières (cf voir ci-dessus). C'est dans ce contexte qu'est née la notion de femme « poto mitan » (voir ci-dessous). Beaucoup de femmes à l'époque avaient des enfants et n'étaient pas mariées.
A la tête d'une famille monoparentale, cette dernière devait alors conjuguer l'éducation de ses enfants à un emploi souvent mal payé, à peine suffisant pour satisfaire les besoins primaires des siens. Dans ce cas là, les enfants abandonnaient les études plus tôt dans le cursus pour aider leur mère. Ces femmes étaient mal vues de la population qui les percevaient comme les amantes d'un homme marié volage.
La différence entre une famille où les deux parents sont présents et mariés et les familles monoparentales était forte que ce soit dans l'éducation des enfants, leur cursus scolaire ou le niveau de vie de celle-ci.