• La femme martiniquaise de l'Arawak à la Créole actuelle : Histoire d'un « poto mitan »

    81 minutes

Quelques femmes ayant marqué l'histoire de la Martinique

Vie militante au service du combat féministe ou la Résistance Française

Jane Lero (1916-1971) : Militante, Fondatrice de l'Union des Femmes de la Martinique

Jane Lero fondatrice de l'Union des Femmes de la MartiniqueJane Apolinaire Léro naît le 8 février 1916, lors de la première guerre mondiale, dans une famille de petits commerçants lamentinois. Cinquième d’une famille de 8 enfants, elle rejoint en 1926 à l’âge de 10 ans le Pensionnat Colonial de jeunes filles à Fort-de-France où elle sera douée pour les matières scientifiques.

Douze ans plus tard, elle décroche le prix d'honneur en mathématiques et en sciences. Elle vit comme une injustice qui frappe la femme le fait que ses deux frères ait pu faire des études universitaires et pas elle.

Âgée alors de 26 ans, le 11 juin 1944, Jane Léro se trouve à la tête d’un groupe de femmes de sensibilité communiste, appelant à la création de l’Union des Femmes de la Martinique. L'Union des Femmes de la Martinique est une association militante et féministe qui défend la cause des femmes localement. On la retrouve dans des actions de soutien des femmes face aux difficultés qu'elles affrontent au quotidien (violence conjugales, difficultés rencontrées dans le milieu professionnel, précarisation) mais aussi pour mettre en lumière la situation des femmes martiniquaises, moins bien loties que les hommes. Elle sera la présidente de l'Union des Femmes de la Martinique jusqu’à son départ en France métropolitaine en 1949, pour poursuivre ses études d'assistante sociale. Elle crée les comités de l’Ermitage et des Terres-Sainville.

Elle meurt tragiquement le 17 Juillet 1961. Battante, inlassable combattante, déterminée, passionnée, Jane Léro ira jusqu’au bout de ses convictions.

Manon Tardon (1913-1989) : figure de la Résistance intérieure française et de la France libre

Figure de la Résistance et de la France libreYvonne Renée Manon Tardon naît le 17 août 1913 à Fort-de-France, dans une famille de 5 enfants (trois garçons et deux filles) où elle sera la 3ème. Ses parents sont Asthon Tardon (1882-1944) et Berthe Marie Waddy (1887-1961) et étaient des propriétaires terriens de plus de 700 hectares. Son père a été Maire du Prêcheur et conseiller général. Son frère Raphaël Tardon a été grand poète et écrivain. Belle et intelligente, Manon Tardon était adorée de son père. Au lieu de suivre des cours à l'école publique, elle a un précepteur à domicile, chose qui était réservée à l'aristocratie à l'époque. Plus tard, elle revient à Fort-de-France où elle sera inscrite au pensionnat colonial. Surdouée, elle réussit son baccalauréat dès l'âge de 15 ans !

Elle part pour Paris où elle s'inscrit à la Sorbonne et sera amie du futur Président de la République, Georges Pompidou. Elle obtient une licence d'histoire et de géographie et deux certificats supérieurs (Histoire moderne et contemporaine et un autre en Histoire du Moyen-Âge). Elle rencontre durant ses études son futur mari Jack Sainte-Luce Banchelin, fils du censeur au vieux lycée Schœlcher. Il est avocat au barreau de Paris et sera pendant la guerre commandant de parachutistes. De leur mariage naîtront une fille, morte en bas âge, et plus tard un fils, Pierre, né en 1942. Alors que la France est en guerre, elle s'engage dans l'armée et suit l'École des cadres du Général Delattre de Tassigny.

Elle est spécialiste Arme Féminine de l'Armée de Terre, d'abord au grade d'aspirant, puis officier et lieutenant. Elle participe aux différents réseaux de résistance de la France Libre, elle est réfugiée à Châteaudun en Eure-et-Loir, où elle se trouve au moment du débarquement des armées anglo-américaines en Normandie de 1944, elle accueille, le 19 août 1944, les troupes du Général Bradley en route sur Paris qui suivirent celles du Général Leclerc de la 2e DB pour la libération de Paris.

Dans l'armée, elle sympathise avec une autre martiniquaise créole, Simone Beuzelin. C'est ainsi qu'elle vit, dans l'activité la grande période de Résistance. Elle fera la campagne d'Alsace et de Vercors et recevra la croix de guerre avec palme vermeil pour son action menée pendant la guerre. Le 8 mai 1945, elle fait partie de la délégation dirigée par le général de Lattre de Tassigny, pour recevoir l'acte de capitulation de l'Allemagne nazie. Elle y était présente en sa qualité d'officier spécialiste d'état-major de 1ère catégorie, c'était certainement une des seules femmes présentes lors de cet évènement historique.

En 1945, elle rentre à la Martinique en permission de 6 mois, pour régler des affaires familiales urgentes. Ensuite, elle est démobilisée sur place le 23 juin 1946. Après avoir été démobilisée en 1946, de retour à la Martinique, sans doute pour rester dans le mouvement, Manon apprit à piloter. Elle livrera ensuite pendant une quinzaine d'années une longue et incessante bataille pour récupérer le domaine familial de l'Anse Couleuvre au Prêcheur, le patrimoine héréditaire, qui était occupé par un locataire des plus coriaces.

Elle obtint gain de cause et put reprendre définitivement possession de tous ses biens familiaux. Elle meurt brutalement le 23 décembre 1989 à 76 ans à Fort-de-France suite à une chute faite dans l'escalier de sa maison ancestrale. Elle aura l'honneur d'obsèques officielles avec une délégation militaire et son cercueil paré du drapeau français, symbole de son engagement pour la République. Son vœu le plus cher sera réalisé, mourir dans son île natale et son domaine récupéré qu'elle chérissait plus que tout.