La femme amérindienne Caraïbe
La femme Caraïbe partage de nombreux points communs avec la femme Arawak mais les deux civilisations étaient tout de même bien identifiables de part leurs rites, leurs outils, l'organisation de la société, leur caractère, etc...
Description physique et habillement
La Caraïbesse portait pour seul habillement une camisa, bande de coton liée sur les reins. Elle portait également une sorte de jambière entre la cheville et le genou. Elle se parait de bijoux : colliers, bracelets faits avec une sorte d'émail, la rassade, des pendants d'oreilles à pierres bleues et d'autres bijoux divers faits de conques de lambis travaillées. Les jours de fêtes, elles mettaient des ceintures de coton multicolores où sont accrochés des grelots destinés à rythmer leurs danses.
Cohabitation entre les femmes Arawaks et Caraïbes
Les Caraïbes arrivent dans l'archipel antillais aux environs du 10ème siècle, c'étaient de farouches guerriers, sanguinaires et cannibales. La chair humaine n'était pas une nourriture, elle était consommée uniquement lors de sacrifices humains en mangeant son ennemi pour « s'approprier sa force ». Ils prennent possession des îles des Grandes Antilles puis des Petites Antilles.
A l'arrivée des Caraïbes, si les hommes sont vus comme du simple gibier et sont exécutés, les femmes elles sont maintenues en vie . Elles intégraient la structure familiale des Caraïbes en devenant des épouses des hommes Caraïbes et connaissaient le même sort que les Caraïbesses. Ainsi on ne peut pas dire qu'elles étaient inférieures aux femmes Caraïbes mais leurs égales. Les femmes Arawaks ramenées en trophées de guerre devaient aider les femmes Caraïbes dans les tâches domestiques et des travaux agricoles.
Entre elles, elles parlaient leur langue mais devaient également apprendre quelques notions de leurs maîtresses. Les femmes Caraïbes ont alors appris la langue des femmes Arawaks de telle sorte qu'à l'arrivée de Christophe Colomb, les hommes et les femmes ne parlaient pas la même langue. Elles parlaient la langue Arawak alors que les hommes parlaient la langue Caraïbe.
Tâches quotidiennes
Le travail quotidien était bien segmenté entre hommes et femmes avec des activités bien précises pour l'un ou autre camp. Les femmes devaient s'atteler à de nombreuses tâches quotidiennes. Ainsi elles s'occupaient de la cuisine, la poterie, le tissage du coton pour confectionner des vêtements, le soin des enfants et parfois des maris !
Elles étaient aussi responsables de la récolte du manioc. Cette dernière était très difficile et physique. Les femmes devaient aller parfois loin de leur domicile pour trouver le manioc et fouiller le sol avec des instruments rudimentaires. Elles le transportaient ensuite sur le dos en empruntant parfois des chemins raboteux et après l'avoir nettoyé et préparé en faisaient des cassaves puis de la farine de manioc ou la moussache (autre nom de la farine de manioc). Ainsi cet acte essentiel de la vie quotidienne des Caraïbes était effectuée par des femmes.
Elles s'occupaient également de tisser le hamac qui leur servait de lieu de couche. Jour et nuit, elles tissaient, elles entretenaient aussi leur jardin, préparaient le ouicou (boisson faiblement alcoolisée (3-5°) à base de jus de manioc fermenté) qui était consommé lors des soirées de débauche. Elles se faisaient également des bottines de coton les unes aux autres.
Les femmes étaient également celles qui prenaient soin de la santé de la famille. Elles connaissaient les remèdes et huiles pour panser les plaies comme l'écrit Jean-Baptiste Du Tertre (1610-1687), un prêtre dominicain et botaniste français ayant visité la Martinique : « elles ont une connaissance merveilleuse des simples avec lesquels elles guérissent une infinité de maux. »
Des droits restreints
Les femmes étaient entièrement dévouées à leur maris et n'avaient pas le droit de se fréquenter sans la permission de leur mari qui a un total contrôle sur leurs actions. Les jeunes filles étaient plus libres mais elle devaient toutefois aller à la récolte du manioc à la montagne. Les petits garçons faisaient des petits bateaux et des pirogues pour savoir les faire lors de l'âge adulte.
Les femmes caraïbes consacraient aussi beaucoup de temps à leur beauté. Elles se peignaient trois par jour et rougissent leurs cheveux avec du roucou (colorant naturel rouge encore présent et visible sur les marchés martiniquais).
Des hommes beaucoup plus « oisifs »
Les hommes eux s'attelaient à des activités telles que la pêche, les travaux de la terre (défrichage), la vannerie et la fabrication de filet notamment. Le matin, ils étaient plus « oisifs » consacrant leur matinée à leur bain dans les cours d'eau, se réchauffer près d'un feu où ils discutaient et jouaient à la flûte jusqu'au déjeuner (viande, poisson, crabes assaisonnés de pimentade et gâteau de manioc) préparé par leurs femmes. Lors du déjeuner, elles servaient d'abord leur mari et ne mangent que quand ces derniers sont repus et ont fini de se restaurer. Ce n'est qu'après le déjeuner qu'ils s'adonnaient à leurs tâches quotidiennes jusqu'au coucher du soleil.
Les hommes étaient polygames et pouvaient avoir jusqu'à 5 ou 6 femmes quand ils étaient capitaines. Les autres étaient limités à 2 ou 3. La première épouse demeurait dans le logis et les autres étaient séparées dans d'autres villages où le mari leur rend visite quelques fois. Une femme mariée ne devait pas s'offrir à un autre homme que son mari. Découverte, elle était châtiée avec son amant.
Père Labat était admiratif de cette société où la femme était totalement dévouée à son mari. Il a notamment écrit :
Cette coutume toute extraordinaire qu'elle paraisse d'abord, n'est pas trop sauvage. Après quelques réflexions, elle m'a paru remplie de bon sens et fort propre pour contenir ce sexe superbe dans les bornes du devoir et du respect qu'il doit aux hommes. Les Caraïbes ne sont pas les seuls qui en usent ainsi ; je rapporterai... quelques exemples sur lesquels les Européens devraient se régler pour éviter bien des chagrins.
Lorsque les Caraïbes voient arriver les Européens qui veulent rafler leurs terres, ils tentent d'abord de résister mais une grande bataille en 1658 aura raison d'eux. Ils sont tués ou fuient vers l'île de la Dominique au nord de la Martinique. C'est la fin du peuplement caraïbe en Martinique.