Citations d'Aimé Césaire

Aimé Césaire est sans conteste l'une des personnalités martiniquaises les plus célèbres sur la planète. Le poète et homme politique s'est révélé au monde pour son discours anticolonialiste et aussi sa défense des peuples opprimés. Ses citations sont reprises dans le monde entier comme des messages d'espoir mais aussi des éclairs de pensée. Retour sur les citations poétiques, politiques, littéraires et orales les plus célèbres et poignantes du chantre de la Négritude.

Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix la liberté de ceux qui s'affaissent au cachot du désespoir.

Cahier d'un retour au pays natal, 1939

Le crayon de Dieu lui-même n'est pas sans gomme.

Une saison au Congo

La vérité scientifique a pour signe la cohérence et l'efficacité. La vérité poétique a pour signe la beauté.

Discours sur le colonialisme

La Négritude résulte d'une attitude active et offensive de l'esprit. Elle est sursaut, et sursaut de dignité.

Conférence des peuples noirs de la diaspora, à Miami, 26 février 1987

Tous les hommes ont les mêmes droits... Mais du commun lot, il en est qui ont plus de pouvoirs que d'autres. Là est l'inégalité.

La Tragédie du roi Christophe

Puisque tu manies si bien l'invective, tu pourrais au moins me bénir de t'avoir appris à parler.

Une tempête

Il est temps de mettre à la raison ces nègres qui croient que la Révolution ça consiste à prendre la place des Blancs et continuer, en lieu et place, je veux dire sur le dos des nègres, à faire le Blanc.

La tragédie du roi Christophe

En politique, quand j'entends un de ces grands mots techniques, je me braque, et je cherche toujours quelle infamie ça cache.

Une saison au Congo

L'Afrique est comme un homme qui, dans le demi-jour se lève, et se découvre assailli des quatre points de l'horizon !

Une saison au Congo

J'ai toujours un espoir parce que je crois en l'homme. C'est peut-être stupide. La voie de l'homme est d'accomplir l'humanité, de prendre conscience de soi-même.

Interview Magazine Lire, 2004

Je refuse de désespérer parce que désespérer, c'est refuser la vie. Il faut garder la foi.

Interview Magazine Lire, 2004

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.

Discours sur le Colonialisme, 1950

C'est quoi une vie d'homme ? C'est le combat de l'ombre et de la lumière. C'est une lutte entre l'espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur... Je suis du côté de l'espérance, mais d'une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté.

Entretien dans Présence africaine

C'est quoi une vie d'homme ? C'est le combat de l'ombre et de la lumière. C'est une lutte entre l'espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur. Je suis du côté de l'espérance, mais d'une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté.

Entretien de Présence africaine

Chez moi, il n'y a jamais d'emprisonnement dans une identité. L'identité est enracinement. Mais c'est aussi passage. Passage universel.

Entretien, le Courrier de l'Unesco, 1997

L'homme de culture doit être un inventeur d'âmes.

Les Européens croient à "la" civilisation tandis que nous, nous croyons "aux" civilisations, au pluriel, et "aux" cultures. Le progrès, avec cette déclaration, c'est que tous les hommes ont les mêmes droits, simplement parce qu'ils sont des hommes. Et ces droits-là, tu les réclames pour toi et les autres.

Nègre je suis, nègre je resterai, Entretiens avec Florence Vergès

Nous nous sommes intéressés aux littératures indigènes, aux contes populaires. Notre doctrine, notre idée secrète, c'était : "Nègre je suis et Nègre je resterai". Il y avait dans cette idée l'idée d'une spécificité africaine, d'une spécificité noire. Mais Senghor et moi nous sommes toujours gardés de tomber dans le racisme noir. J'ai ma personnalité et, avec le Blanc, je suis dans le respect, un respect mutuel.

Nègre je suis, nègre je resterai, Entretiens avec Florence Vergès

Liberté, égalité, fraternité, prônez toujours ces valeurs, mais tôt ou tard, vous verrez apparaître le problème de l’identité. Où est la fraternité ? Pourquoi ne l’a-t-on jamais connue ? Précisément parce que la France n’a jamais compris le problème de l’identité. Si toi, tu es un homme avec des droits avec tout le respect qu’on te doit, et bien moi aussi, je suis un homme, moi aussi j’ai des droits. Respecte-moi. A ce moment-là, nous sommes frères. Embrassons-nous. Voici la fraternité.

Nègre je suis, nègre je resterai, Entretiens avec Florence Vergès

C’est ça, la culture : c’est tout ce que l’homme a inventé pour rendre le monde vivable et la mort affrontable.

Interview par Patrice Louis, Magazine Lire, 1 juin 2004

Pour nous, le choix est fait. Nous sommes de ceux qui refusent d’oublier. Nous sommes de ceux qui refusent l’amnésie même comme méthode. Il ne s’agit ni d’intégrisme, ni de fondamentalisme, encore moins de puéril nombrilisme.

Discours sur le Colonialisme, 1950

Je demande trop aux hommes ! Mais pas assez aux nègres, Madame ! S’il y a une chose qui, autant que les propos des esclavagistes, m’irrite, c’est d’entendre nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que tous les hommes sont des hommes et qu’il n’y a ni Blancs ni Noirs. C’est penser à son aise, et hors du monde, Madame. Tous les hommes ont mêmes droits. J’y souscris. Mais du commun lot, il en est qui ont plus de devoirs que d’autres. Là est l’inégalité.

Une inégalité de sommations, comprenez-vous ? A qui fera-t-on croire que tous les hommes, je dis tous, sans privilège, sans particulière exonération, ont connu la déportation, la traite, l’esclavage, le collectif ravalement à la bête, le total outrage, la vaste insulte, que tous, ils ont reçu plaqué sur le corps, au visage, l’omni-niant crachat !

Nous seuls, Madame, vous m’entendez, nous seuls, les nègres ! Alors, au fond de la fosse ! C’est bien ainsi que je l’entends. Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions ; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter, voyez comme s’imposent à nous, le pied qui s’arcboute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh ! la tête large et froide !

Et voilà pourquoi il faut en demander aux nègres plus qu’aux autres : plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas ! C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs, et malheur à celui dont le pied flanche !

La tragédie du roi Christophe

Ne faîtes pas attention à ma peau noire : c'est le soleil qui l'a brûlé.

Cahier d'un retour au pays natal

Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : "J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies". Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : "Embrassez-moi sans crainte...Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai".

Cahier d'un retour au pays natal

Et venant je me dirais à moi-même : "Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse...

Cahier d'un retour au pays natal

Il faudrait d'abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu'il y a eu au Vietnam une tête coupée et un œil crevé et qu'en France on accepte, une fillette violée et qu'en France on accepte, un Malgache supplicié et qu'en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s'opère, une gangrène qui s'installe, un foyer d'infection qui s'étend et qu'au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et "interrogés", de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette lactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l'Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l'ensauvagement du continent.

Discours sur le Colonialisme

Et c'est là le grand reproche que j'adresse au pseudo-humanisme : d'avoir trop longtemps rapetissé les droits de l'homme, d'en avoir eu, d'en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste...

Discours sur le Colonialisme

Non, jamais dans la balance de la connaissance, le poids de tous les musées du monde ne pèsera autant qu'une étincelle de sympathie humaine.

Discours sur le Colonialisme

J'ai compris une fois pour toutes que l'on ne doit pas attaquer une bête, si on n'est pas sûr de la tuer.

Une Saison au Congo
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